
Rendez-vous de l'Histoire de Blois, octobre 2023- Conférence à la cathédrale, jeudi 5 octobre
L'abbé Pierre Flament (1907-1998) :
chroniqueur de l'Oflag IID-IIB (Poméranie Orientale) durant sa captivité, de 1940 à 1945
Introduction
Le camp d'officiers français IID-IIB situé vers l'extrémité Est du territoire du Reich, en Poméranie Orientale, a été particulièrement bien documenté grâce aux travaux de l'abbé Pierre Flament qui y a été lui-même prisonnier pendant les cinq années de la guerre et qui a continué à s'en inspirer pendant encore onze ans, jusqu'à la soutenance de sa thèse d'histoire en avril 1956 devant la Faculté des Lettres de l'Université de Caen, en Normandie. C'est-à-dire que pendant plus de quinze ans, Pierre Flament a vécu au rythme de cet enfermement qui a, en quelque sorte, façonné le restant de sa longue vie. Il n'est pas étonnant que cet épisode ait été une référence constante dans ses conversations privées, dans ses cours d'histoire et ses cours de catéchisme (parfois de façon un peu trop insistante au dire des « anciens » enfants et de leurs parents) et aussi le thème de nombreuses interventions publiques. La dernière conférence dont j'ai retrouvé la trace dans ses archives, date de 1993 soit cinq ans avant sa mort (il avait alors 88 ans), presque cinquante ans après cette longue marche du retour que les officiers avaient été forcés d'effectuer lorsque le camp a été ouvert le lundi 29 janvier 1945.
Qui était l'abbé Pierre Flament ? Comment un ecclésiastique en est-il venu à travailler sur cette période ? Comment ce travail a-t-il contribué à l'émergence de sa vocation d'historien, et de sa notoriété à venir ? Comment a-t-il dû élaborer une méthodologie correspondant à son domaine d'études pour effectuer une telle somme scientifique ? Comment l'Amicale des Anciens Prisonniers de l'Oflag IID-IIB l'a-t-elle soutenu au cours de ses recherches et surtout lorsqu'il fut question de publication ?
Dans un premier temps, je retracerai la vie et la carrière de cet « homme remarquable », façonné qu'il a été par son expérience personnelle de la guerre, puis je développerai certains aspects de la vie du camp tels qu'il les a consignés dans sa thèse et enfin je me pencherai sur son parcours de recherches et de la publication du volume issu de sa thèse.
I- La vie et l'oeuvre de Pierre Flament
Rien, apparemment, ne prédisposait Pierre Flament à devenir historien, c'est en tous cas ce qu'il aimait à raconter avec son humour caustique. Jeune professeur à l'Institution Saint François de Sales à Alençon, il s'était inscrit à la Faculté des Sciences de Caen en licence de mathématique après ses études au Grand Séminaire de Flers. Mais comme le professeur d'histoire venait de tomber gravement malade, son Supérieur l'avait prié de rediriger au plus vite son inscription vers la Faculté des Lettres, dans le Département d'Histoire et de Géographie. Ce serait ainsi qu'a commencé sa longue et fructueuse carrière d'historien - 1.
Et aurait-il choisi de traiter un sujet militaire s'il n'avait pas été happé par les circonstances de l'histoire nationale et internationale de son temps, comme tant d'hommes de sa génération ? Son autre sujet de recherches, correspondant plus à son profit d'ecclésiastique, concernait l'histoire religieuse du XVIIIe siècle. Il a effectué des recherches remarquables sur les prêtres normands dans la tourmente de la Révolution-Française, sujet de nombreuses publications et conférences tout au long de sa vie.
Il a eu la grande chance de revenir vivant de la guerre et de la captivité, même s'il ne pesait que 44 kilos au retour à Paris, le vendredi 20 avril 1945 (il en pesait 67,5 avant la guerre, d'après son livret militaire). Flament aimait à raconter que le médecin qui l'avait examiné ce jour-là lui avait dit que son patron pourrait monter une écurie de course en l'embauchant comme jockey. « Ça m'étonnerait, avait-il rétorqué en riant, mon patron est évêque ».
Cependant, il n'est pas étonnant que sa vie personnelle s'en soit trouvé complètement bouleversée, alors qu'apparemment, il a réintégré sa vie antérieure et sa fonction professorale dans son établissement d'origine, comme avant.
Etant né en 1907, il était de la « classe 27 », mais il a été ajourné au conseil de révision pour faible constitution et souffle cardiaque - 3, ce qui ne l'a pas empêché de survivre à la captivité et de vivre jusqu'à plus de 90 ans. L'année suivante, en mai 1928, il est incorporé au 117e Régiment d'Infanterie comme Seconde Classe. Comme le faisaient généralement les étudiants, il suit une formation d'Elève Officier de Réserve (EOR), puis, reçu au concours d'entrée, il entre à l'Ecole Nationale des Sous-Officiers d'Active de Saint Maixent, dans les Deux-Sèvres - 4. Il effectue son Service Militaire de mai 1928 à novembre 1929 - 5. De retour à la vie ecclésiastique, il reprend ses études au Grand Séminaire de Sées et effectue régulièrement des périodes militaires durant ses vacances si bien qu'à la mobilisation générale, le 1er septembre 1939, il est Lieutenant d'active, affecté aux Renseignements du 130è Régiment d'Infanterie, régiment auquel il sera fidèle toute sa vie - 6.
1 Voir Conférence donnée à l'Amicale p. 5.
2 Il fait partie d'une fratrie de sept enfants, quatre garçons et deux filles, l'un des garçons mourra à 11 ans, sans doute d'une méningite, Livret d'Homme de Troupe, 4 mai 1928.
3 SHD Vincennes
4 SHD Vincennes
5 SHD Vincennes Il est nommé sous-lieutenant (couverture livret officier 4 septembre 1929).

(Archives Départementales de l'Orne) 130è Régiment d'Infanterie

(Archives Départementales de l'Orne) Les trois carnets de campagne
Mobilisation générale.
Départ pour Mayenne
Je suis nommé Officier de Renseignements du 130e RI. [Régiment d'Infanterie]
Logeuse : Mademoiselle Madlon
19 place Clémenceau, Mayenne (Mayenne)
I/2 bréviaire. Complies
Les adieux à St François : quand reverrai-je tous ceux que je laisse ici, et que j'aime, tous ceux avec qui j'ai vécu des heures si agréables et si fécondes, tous ceux qui regrettent de me voir partir ? Peut-être jamais ! Fiat !
Quand reverrai-je ma chambre et tout ce qui me retenait dans ce sanctuaire de travail ? mes livres ? … mes cours, mes notes, mes documents sur le scoutisme, l'Education Physique, les arts ? … Peut-être jamais ! Fiat !
Quand reverrai-je mes élèves, anciens, et ceux de la dernière année ? Mes petits frères scouts ? Tous mes amis d'Alençon ? Tous ceux qui m'ont voulu et fait du bien ? … Les familles de mes élèves ? Les Officiers d'active et de réserve d'Alençon ? Peut-être jamais ! Fiat !
6 Conférence donnée à la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Orne (SHAO). Historique du 130è Régiment d'Infanterie pendant la campagne 1939-1940.
7 Sa mère décède le 30 janvier 1950 à Chatou, là où habitait son fils Paul. On peut sentir l'émotion qui a traversé l'abbé Flament à ce moment-là.
8 Les deux premiers, semblables, protégés par une couverture de moleskine noire, le troisième, manifestement un carnet de fortune, sobrement recouvert d'une feuille de papier sur laquelle il a imité le motif de décoration des deux autres. À la page 250, il a épinglé une page supplémentaire, en date du 6 mars 40, pour documenter la façon dont il a fait passer les carnets à l'arrière : il les a confiés à des camarades sûrs étant donné la précision des renseignements qu'il y portait dedans.

(Archives Départementales de l'Orne) Livret d'officier
10 mai 1940, alors qu'il était en permission, il est rappelé par TSF juste après l'invasion de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg par les forces allemandes. Les combats font rage avec une rare violence. C'est alors, le 11 mai, qu'il accomplit un acte de bravoure récompensé par une citation à l'ordre du Régiment - 9 :
Officier du plus haut mérite. Chargé des renseignements au régiment et détaché au bataillon de contact du 19 février au 1er mai 1940, a déployé une activité rare, a montré un grand courage en se rendant journellement en première ligne, quelque fut l'intensité des tirs ennemis, et a fourni au Commandement des renseignements complets de la plus haute importance ; a rendu les plus éminents services aux commandants des bataillons qui se sont succédé au contact.
Il reçoit alors sa première décoration militaire, la « Croix des Services Militaires Volontaires », elle sera suivie de nombreuses autres, et il a droit à un article dans L'Orne Combattante, ce sera le premier article de presse le concernant d'une très longue série.
Le 13 mai, sur le Front du Luxembourg, c'est la contre-attaque du Hetschenberg : les pertes sont lourdes - 10.
Son troisième carnet de campagne s'achève le samedi 1er juin 40 juste avant les attaques défensives. Il a retranscrit, après, ce qu'il a appelé une « Rétrospective des derniers jours de liberté » - 11.
Dans les premiers jours de juin, son Régiment se trouve totalement engagé dans la Bataille de l'Ailette12 où les combats font rage à armes inégales. N'ayant pas pu être atteint par l'ordre de repli, le 130 RI continue à se battre malgré les pertes humaines considérable et l'encerclement - 13.
Pierre Flament a été fait prisonnier le 6 juin, près de la Ferme de la Motte, au Moulin de Laffaux. Son récit, écrit après la capture, donne tous les détails, croquis à l'appui et se conclut ainsi : « Bientôt je suis encerclé et capturé avec mes quatre hommes : cinq contre à peu près deux cents ! La grande aventure commence ».
9 Il l'envoie même à sa tante Irma.
10 Il note 34 blessés et 26 blessés. Une erreur de sa part ? Il doit être troublé, je suppose que le premier chiffre concerne le nombre de morts.
11 Ordre de bataille de son régiment : Commandant : Adam, Chef d'Etat-Major : René Baticle (son servant de messe), Officier Renseignements : Flament, Officier Détails : Orsolani, le musicien…
12 Le 139 RI occupe un front de 6 km au Nord de Soisson et du Chemin des Dames, le long du Canal de l'Ailette (canal qui relie l'Aisne à l'Oise)
13 Il est coupé en quatre tronçons isolés qui se défendent avec bravoure.
Le 6 juin vers 22 heures, il ne reste plus que deux centres de résistance, dont celui, plus au Sud, à l'Est de la ferme de la Motte où s'est installé le PC du Régiment. Les Allemands n'hésitent pas à se faire précéder de prisonniers français qui sont forcés de crier au Régiment de ne pas tirer. Mais les soldats se battent jusqu'à la dernière cartouche, et le lendemain matin, le 7 juin, il faut bien se rendre. « La bataille de l'Ailette a coûté au seul 130 RI 2.100 hommes, soit 75% de l'effectif, et 69 officiers, soit 88% de l'effectif-cadre13. (J. d'Arbonne, tiré du Journal des Combattants, samedi 17 juin 1950.
II- Les Camps : La Vie à l'Oflag IID-IIB et ses vicissitudes
« Souvenirs de Voyage »
C'est ainsi qu'il intitule avec ironie (après le retour en France…) la suite de sa « grande aventure ».
Une fois pris, il est rapidement délesté de tous ses effets personnels, dont son bréviaire (il aura d'ailleurs du mal à en obtenir un dans le camp !) et son dizenier en argent. Après un trajet difficile à travers la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne, à pied, en train ou en péniche surchargés, dormant souvent à la belle étoile et recevant des repas « à l'oeil » comme il l'écrit (donc sans rien manger), il arrive à la gare de Westfalenhof le vendredi 21 juin à 3 heures du matin. Après plusieurs comptages, il est enregistré à l'Oflag le plus proche, à Gross-Born, l'Oflag IID, sous le matricule 1794… pour un futur spécialiste de la Révolution-Française, c'est un chiffre prémonitoire.
L'Oflag de Pierre Flament était situé vers l'Est, dans la circonscription militaire numéro II. Les Officiers français de ce camp ont changé de lieu : ils ont d'abord été au IID, à Gross-Born, du vendredi 21 juin 1940 jusqu'au 15 mai 1942, puis ils ont été transférés, toujours dans la deuxième circonscription, au IIB, à Arnswalde, jusqu'à l'ouverture du camp le lundi 29 janvier 1945. D'où le titre de son ouvrage La Vie à l'Oflag IID-IIB, 1940-1945, reprenant l'ordre chronologique et non l'ordre alphabétique. Sur la route du retour, il a fait partie de la colonne qui a terminé son périple allemand à Soest, à l'Oflag VIA le 19 mars 1945 d'où il embarquera dans un avion américain pour Le Bourget le vendredi 20 avril 1945.
Captivité
Alors commence ce qu'il a appelé ses « Grandes vacances poméraniennes ». Cette expression est une allusion au roman de l'historien Francis Ambrière (1946, réédition en 1956), qui, lui, étant sous-officier, était dans un Stalag (Stalag 369).
Le camp de Gross Born était entouré par une double rangée de fils barbelés avec miradors aux angles. Il y avait quatre sections bien délimitées (« des Blocks), le quatrième Bloc avait été construit plus tard, devant l'afflux de prisonniers. Chaque Bloc était composé de quinze à vingt baraques de bois érigées sur un vide sanitaire réhaussées par deux marches de pierre. Dans chaque baraque, il y avait quatre chambrées (Stube). Au fond, on voit les cuisines, il y avait aussi une infirmerie (Lazaret), des baraquements où se trouvaient des lavabos (avec de l'eau chaude pour que les tuyaux ne gèlent pas en hiver, ou bien il y avait coupure complète d'eau !), des latrines. Un peu à l'écart, se trouvait un bâtiment spécial dans lequel se rendaient les officiers régulièrement pour des séances d'épouillage (Voir les photos sur le site).
Au nord-ouest, au-delà de leur périmètre, se trouvait le « camp russe ». Lorsque la guerre s'est intensifiée sur le front Est, les officiers purent voir passer des hommes épuisés par la malnutrition et la maladie et des tombereaux de cadavres.
Une photo montre l'entrée de l'Oflag II D à partir de la gare de Westfalenhof (Site onglet IID). L'Oflag avait été installé sur une terre sablonneuse entourée de forêts, avec un lac à proximité. (Site IID Premier hiver, le lac gelé). Quand le combustible manquait, il fallait faire des corvées de bois (Site IID Sports Retour de corvée de bois).
Pierre Flament a été affecté au Bloc III, Baraque 18 chambre 2 (une photo est prise entre la Baraque 18 et la Baraque 19, Site IID Camp). Il y retrouve une quarantaine d'officiers du 130 Régiment d'Infanterie parmi les 48 qui composaient la chambrée à son arrivée. (Site : Bloc 3 et le schéma du Block III). Les conditions étaient sommaires. Le couchage était composé de trois lits superposés, lui eut un châlit du bas et note qu'il s'en accommodait (Livre p. 129 ou Site IID Beaux-Arts Dessin « Intérieur de baraque »). La paille n'avait pas été renouvelée depuis longtemps (on peut imaginer les odeurs nauséabondes et la vermine qui y pullulait). Il y avait au milieu un poêle qui chauffait « bien », tout est relatif, il pouvait faire un maximum de 12/13 degrés en plein hiver, du moins lorsqu'il y avait des combustibles, charbon ou bois. Une table se trouvait au centre mais il n'y avait pas assez de tabourets pour tout le monde, les officiers devaient donc prendre leur tour, s'asseoir sur les châlits du bas, ou rester debout.
En mai 1942 - 14, pour éviter toute tentative d'évasion, les trois mille Officiers français sont transférés à l'Oflag IIB, à Arnswalde, à environ 80 km dans le même district - 15 (Site : Photo Porte d'entrée).
C'est une ancienne caserne prussienne de très belle facture située en bordure de la ville (certains voyaient le clocher de l'église de leur chambrée) entourée d'une double rangée de barbelés, délimitant une surface beaucoup plus restreinte que l'Oflag IID. Au fond, se trouve « La Turn Halle », la grande salle dans laquelle se tenaient les manifestations de groupe (sports, expositions, spectacles, concerts et messes). Quatre bâtiments se font face deux par deux. Entre chaque bloc, des lavabos (Site Arnswalde, lavabos entre les blocs 1 et 2).
Au mercredi 20 mai 42 de ses Notes Personnelles de Captivité, Pierre Flament détaille l'aménagement de la chambre 106 où il va résider avec trois autres prêtres - 16, au premier étage du Bloc I. C'est l'Aumônerie Catholique, non loin de l'Aumônerie protestante, à la chambre 102. Ils sont beaucoup plus à l'aise que les autres Officiers, et entre gens de même pensée.
Bien que le sol soit dur, de minuscules jardins potagers ont été aménagés (Site Arnswalde Potager), permettant un apport de vitamines bien venu dans l'ordinaire de la cuisine carencée du camp (Livre p. 56).
Dès le début du mois de janvier 1945, l'atmosphère change, des rumeurs annoncent la chute de l'Allemagne et l'évacuation imminente des camps. Les officiers se sont préparés à partir en se fabriquant sacs à dos, valises ou même traîneaux pour transporter leurs objets et effets personnels (Voir Jusqu'à Bergen, Louis Francis).
Le lundi 29 janvier 1945, le camp a été ouvert et les officiers poussés vers l'Ouest. Ne sont restés que des malades intransportables et quelques Officiers qui s'étaient dissimulés en espérant leur libération par les troupes soviétiques.
14 Au mois d'avril 1942, l'évasion spectaculaire du général Henri Giraud « général d'armée, de la forteresse de Königstein sur l'Elbe, au sud de Dresde, avait porté à son comble l'exaspération allemande » (Sine Die, p. 118).
15 Les Officiers de l'Oflag IID échangent de lieu avec des Officiers polonais.
16 L'abbé Dupaquier, l'aumônier militaire, l'abbé Auber et un séminariste.
Les Officiers ont été répartis en trois colonnes d'environ neuf cents hommes, dirigées chacune par un responsable français en plus des soldats allemands, Pierre Flament, du Bloc I part avec la première colonne. Affaiblis par les privations de nourritures des derniers mois de captivité (lorsque les colis des familles et de la Croix-Rouge ne parvenaient plus jusqu'à eux), ils n'en étaient pas moins forcés à parcourir des distances journalières de plus de vingt kilomètres, dans la neige, le gel et la boue, à travers champs et chemins défoncés, les routes étant réservées aux convois allemands, pressés par les gardiens (Posten) armés, flanqués de leurs chiens.
Certains tombaient pour ne pas se relever, d'autres suivaient en faisant des efforts surhumains, soutenus par leurs « camarades ». Au fil des jours, à bout de force, ils se délestaient de leurs affaires, les derniers des colonnes voyant le chemin jonché de livres, de manuscrits qui ne verraient pas le jour, de lettres intimes, de souvenirs… (Louis Francis, p. 98-99).
Il n'y avait pas toujours assez de place pour tous dans les fermes où ils faisaient halte, les derniers arrivés devant se contenter de passer la nuit à l'extérieur dans un froid hivernal sévère.
Le 25 février, après environ 300 km de marche forcée, les 2.700 prisonniers atteignent Waren. Après quelque temps de repos, un premier groupe composé d'environ 1300 hommes est acheminé en train jusqu'à l'Oflag 83 à Wietzendorf. Ils découvrent avec horreur le camp de Belsen-Bergen, situé à proximité, libéré quelques jours plus tôt par les Anglais - 17. A la mi-mai, ils étaient tous revenus en France par le train, libérés par les Anglais.
Les 1.200 prisonniers restants, considérés comme plus résistants, Pierre Flament étant de ceux-là, continuèrent vers l'Ouest jusqu'à l'Oflag VI A situé en bordure de la ville de Soest. Ils arrivèrent exténués le lundi 19 mars, après 150 km à pied supplémentaires et un trajet en train qui dura presque trois jours, enfermés sans boire et sans beaucoup manger. La région était alors sous les feux des attaques aériennes des forces américaines, et les 4.800 prisonniers du camp durent se réfugier dans les caves par sécurité. Des dégâts matériels, des morts et blessés furent à déplorer, mais pour Pierre Flament, c'était la Semaine Sainte. Il était très « O.Q.P. » entre les répétitions des cantiques, la duplication des livrets de messes, les confessions et tous les longs offices de cette période… (Livre p. 756-757).
17 Voir le livre de Louis Francis (nom-de-plume de Louis Rolland), Jusqu'à Bergen, Paris, Jean Vigneau, 1947, réédition, Alençon, Anépigraphe éditions, 2025.
Le camp fut libéré par les Américains deux jours plus tard. La situation resta incertaine quelques jours - 18, puis ce fut le retour vers la France par avion jusqu'au Bourget et ensuite par car vers la Gare d'Orsay - 19.
Quelques temps après son retour, le 9 juillet 1945, il fit sa première « causerie sur la captivité » à l'Ecole Notre-Dame de Flers, son ancienne école. Quelques années plus tard, en 1950, il retravailla cet épisode de la Grande Marche pour composer deux « causeries » (il utilise toujours ce même terme) au style léger, mais au contenu absolument rigoureux totalisant trente-huit pages denses ronéotées qu'il prononça à la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Orne (mars et juillet 1950), intitulées : « Voyage d'excursion à travers l'Allemagne du Nord » s'achevant à l'Oflag VIA qu'il appelle « Hôtel de la Liberté » - 20. Sa deuxième causerie se terminait par un très long questionnement qui devait tarauder l'homme d'église qu'il était « Nos gardiens doivent-ils être excusés ou condamnés ? ».
Ainsi, bien avant de pouvoir prétendre à une thèse, il avait déjà commencé à mettre par écrit des passages qui lui ont été très utiles lors de ses recherches et de sa rédaction. Et puis, à partir de la publication de son livre en 1957, il a fait un nombre incalculable de prestations sur la guerre et sur l'Oflag, certaines à caractère scientifique, d'autres ciblées « grand public », en reprenant inlassablement les faits et les anecdotes.
La Vie à l'Oflag IID-IIB. 1940-1945
Voici un aperçu de différents thèmes développés dans son livre. Par manque de compétences personnelles, je suis une littéraire, j'ai écarté toute référence aux tactiques militaires et aux développements politiques.
1- La Vie matérielle
- Commandement
Chaque camp était géré par un commandant allemand assisté de gardes « Posten » armés accompagnés de chiens. Le dernier, le Colonel Prätorius, correct dans le camp, s'est avéré particulièrement odieux lors de la Grande Marche (Livre, p. 30). Un Doyen Français, l'officier le plus âgé dans le grade le plus élevé, servait d'intermédiaire entre les autorités allemandes et les officiers. C'était une tâche qui avait ses avantages (logement séparé, conditions matérielles améliorées, retour anticipé pour services rendus) mais son lot de désagréments (luttes incessantes pour contenir la rancoeur des officiers et essayer d'obtenir des améliorations) (Livre p. 28-31). Pierre Flament est particulièrement reconnaissant envers le dernier Doyen, le colonel Verdier, qui l'avait autorisé à consulter ses documents confidentiels, le soir dans son bureau, après le dernier passage des gardes.
18 Le soir du dimanche de Pâques, le 1er avril, des officiers formèrent les trois lettres du sigle « P.O.W » (signifiant Prisoners of War) avec des pavés blancs à l'attention des aviateurs américains (Livre p. 743).
Le mercredi 3 avril, le colonel-Doyen (Meunier) envoya une mission porteuse d'un drapeau blanc, le camp fut libéré par les Américains, mais la situation resta incertaine quelques jours, les derniers combats faisant encore quelques victimes.
19 Les premiers embarquements en camion vers le terrain d'aviation de Paderborn eurent lieu le mardi 17 avril pour des prisonniers dont le nom commençait par la lettre O, tirée au sort (Livre, p. 761 : « Le rapatriement commencerait mardi matin, par les 4.800 officiers et hommes de troupe présents à l'Oflag VIA, en date du 5 avril. […] c'est la lettre O qui partira la première »). Pierre Flament dut attendre jusqu'au vendredi 20 avril pour monter à bord du Douglas 3J 223 331 (départ de Paderborn à 14h 35, arrivée au Bourget 16h20) (Livre p. 762). Ils furent acheminés par car jusqu'à la Gare d'Orsay à Paris, là où se trouvaient les familles qui avaient pu être prévenues.
20 Il indique qu'il avait distribué aux participants une carte mentionnant tous les lieux concernés dessinée par les élèves de l'un de ses collègues de St François, Monsieur Courapied [Koura], professeur de dessin, mais malheureusement, je ne l'ai pas retrouvée dans ses dossiers.
- Compositions des officiers prisonniers
Les officiers étaient d'âges et de milieux très divers. Les plus âgés, ceux qui avaient participés à la Première Guerre Mondiale ont commencé à être rapatriés en août 1941 (livre, p. 21) - 21.
Il y avait deux catégories bien distinctes d'officiers. Les soldats de carrière (anciens de St Cyr, de Polytechnique, de Saint Maixent, ceux qui avaient gravi les échelons et les anciens combattants). Plutôt conservateurs dans l'ensemble, ils montraient une plus grande obéissance vis-à-vis des autorités françaises. Un certain nombre d'entre eux voulaient retourner combattre pour leur patrie en cherchant à s'évader du camp. Les autres Officiers venaient de la « société civile », ils avaient suivi les EOR au cours de leurs études. Parmi eux, il y avait beaucoup d'enseignants, d'universitaires, d'ingénieurs, de cadres d'entreprise, de professions libérales, de juristes, d'ecclésiastiques… À juste titre, le camp était surnommé « le camp savant » par les autorités allemandes qui craignaient particulièrement tous ceux qui étaient politisés (en particulier les instituteurs du public).
Les journées étaient ponctuées de fouilles et d'appels incessants (Arnswalde, Livre p. 187), particulièrement détestables dans le froid de l'hiver (il a fait jusqu'à moins 34 degrés, le samedi 1er février 1941 (Carnet de Captivité, Livre, p. 427-441). Les officiers s'y montraient très indisciplinés, les Posten devaient s'y reprendre à plusieurs fois. C'était une stratégie de résistance vis-à-vis de l'ennemi pour permettre à des candidats à l'évasion ne pas se faire repérer trop vite. Mais le matin du 6 juin 1944, jour du débarquement des alliés (Livre p.353), ainsi que du 25 août 44 à la Libération de Paris (Livre p. 350), avertis par des radios clandestines, les officiers se présentèrent à l'heure dite en uniforme impeccable pour signaler aux Posten qu'ils étaient informés de la victoire prochaine et qu'ils retrouvaient leur dignité d'officiers.
21 L'aumônier divisionnaire qui faisait l'admiration de tous, le Père Dupaquier, a, lui, refusé de quitter le camp et sa « Paroisse » de Saint Pierre des Liens avec d'autres ecclésiastiques en janvier 1941 (Livre, p. 21).
À leur arrivée au camp, nombreux sont ceux qui n'avaient pour tous vêtements que ceux qu'ils portaient lors de leur capture et de leur transfert au camp, qui étaient déjà en loques (Livre, p. 91-98). Avant de recevoir les colis des familles, ils ont donc dû piocher dans des réserves de vêtements militaires de diverses nationalités, ce qui leur donnait une apparence ridiculement disparate. En hiver, beaucoup devaient se contenter de sabots de bois, imaginez le bruit contre le plancher des baraques de Gross Born ou de l'escalier en pierre des bâtiments d'Arnswalde, et puis, la honte aussi - 22. Certains se sont laissé aller, mais certainement pas Pierre Flament, toujours très dignement vêtu, d'après les témoignages - 23.
La nourriture était un souci permanent, la malnutrition et sous nutrition frappant tous les prisonniers, même lorsqu'ils pouvaient recevoir des colis de leur famille ou de la Croix-Rouge (Livre, p. 39-67). Afin d'éviter toute situation trop inégalitaire, les chambrées étaient organisées en « popotes » : rassemblés en petits groupes, ils prenaient la fonction de chef de popote à tour de rôle pour distribuer équitablement les portions et les arrivages de l'extérieur (Site Beaux-Arts dessin de l'ouverture d'un colis par le chef de popote).
Un Centre d'Entraide avait été créé en mars 1942 - 24 pour venir en aide aux plus démunis (Livre p. 416-417). Ce centre proposait des denrées alimentaires et des objets courants, régulait le marché noir, organisait des kermesses, des arbres de Noël, des secours aux Stalags avoisinants… (Livre p. 516-417). Il y avait des cuisines collectives, mais très enfumées et toujours occupées. En été, les officiers préféraient faire la « popote » en plein air, à l'ombre d'un mirador (Site IID Cuisine en plein air).
La situation s'améliora lorsque des officiers venant du camp XXIB situé à Szubin produisirent leur réchaud portatif, surnommé « schoubinette », fait de deux boîtes de conserve emboîtées l'une dans l'autre, alimenté par des boulettes de papier. Ces réchauds de fortune étaient interdits et détruits, mais reconstruits sans tarder (Site IID, Livre p. 83, 103, 519) - 25.
Le Centre d'Entraide a été accusé de propager des sympathies envers le Maréchal Pétain et de diffuser de la propagande, ce que Pierre Flament réfute avec véhémence.
Les Officiers recevaient leur solde ou salaire en marks internes au camp, mais les monnaies d'échange les plus cotées étaient la cigarette et le tabac - 26.
- Hygiène et santé
Il fallait parfois un certain courage pour se maintenir propre, surtout en hiver lorsque l'eau était glaciale ou qu'elle était coupée par risque de gel, d'autant plus qu'il fallait faire la queue pour arriver aux équipements. Mais l'hygiène physique était indispensable pour espérer rester en bonne santé.
A l'infirmerie (Lazaret), des médecins français - 27 issus des prisonniers, mais pas ceux d'origine israélites, interdits de pratique par les Allemands - 28, assistaient les médecins allemands en faisant leur possible pour assurer les premiers soins malgré le peu de médicaments à leur disposition : la dysenterie se soignait en absorbant du charbon de bois… Les cas les plus graves étaient envoyés à l'hôpital de secteur, mais parfois trop tard, un Doyen est mort d'une appendicite aiguë - 29. Pourtant, les officiers résistaient vaille que vaille, malgré les anémies et les asthénies. Pierre Flament comptabilise 37 décès (Livre p. 565-568) en tout (dans le camp et sur le chemin du retour). Personnellement, je suis agréablement surprise par la faiblesse de ce nombre.
22 Alain Briottet, Sine Die, Gross Born en Poméranie, Versailles, Editions Illador, 2016 : « Par respect pour mon père, ma mère ne mit jamais de galoches ou de sabots dans ses colis », p. 108.
23 Éloge du général Jean Simon dans son discours de remise de médaille en 1992.
24 Bureau initial : Président : Le Doyen du Camp, Directeur : Commandant Arnaud, membres : Bloc III : Alexandre, Glotin, Prual ; Bloc II : Guichet ; Bloc I : Raudot. Assisté par un Comité de Contrôle (Livre p. 416)
25 « A peine les fouilleurs du casernement, après avoir écrasé une 'schoubinette' ou un réchaud sous leurs bottes, étaient-ils disparus, que de nouveaux constructeurs se mettaient à l'oeuvre, pour remplacer, en le perfectionnant parfois, le chef-d'oeuvre immolé »., Livre p. 83.
26 Etienne Jaachet, de l'Amicale, m'a indiqué que, dans l'une de ses lettres, son père a demandé à sa mère de lui faire parvenir une pipe pour Pierre Flament, en guise de remerciement. Pourtant, les personnes que j'ai interrogées à Alençon ont été formelles : revenu à la vie ordinaire, Pierre Flament ne fumait pas.
27 Comme le médecin-chef le Capitaine Tartarin, rapatrié en 1943 Livre p. 117.
28 « Certains médecins, parce que Israélites, se virent refuser par les Allemands la permission d'exercer leur art », Livre p. 118.
- Contact avec le monde extérieur
Les officiers pouvaient recevoir et envoyer des lettres et cartes, dont le nombre, très limité a varié au fil des années (de deux à trois par mois, Livre, p. 468), mais tout ce courrier passait systématiquement par le service de Censure (« Geprüft ») avant envoi ou distribution, aussi fallait-il entre trente et quarante-cinq jours en moyenne pour un échange, censure comprise (Livre, p. 467-483). Les lettres subissaient des coupures ou étant tout simplement supprimées : « Hélas ! Nos lettres passées au lit de Procuste30, nous arrivaient 'caviardées' ou découpées ». (Livre p. 255). Au début de la captivité, il fut interdit de dévoiler la position géographique du camp : « On nous intima l'ordre de ne point parler dans nos lettres des loulous, ces chiens célèbres en Poméranie » (Livre p. 255-256, N.P.C. 9 octobre 1940).
Les colis personnels (1 et 5 kilos) se faisaient avec un système de coupons (p. 487-477).
Outre des denrées alimentaires, Pierre Flament demandait des livres et des objets religieux pour les messes (pierre d'autel, étoles, hosties, missels, livres de chants, partitions…) - 31.
Mais certains colis étaient bloqués à la censure ou délestés de leur contenu (comme le dentifrice, denrée très rare en Allemagne (Livre p. 257), ou des oeuvres musicales de compositeurs d'origine juive comme Mendelssohn ou Darius Milhaud (Livre p. 258).
- Informations
Surtout au début, les prisonniers étaient coupés du monde extérieur. Ils étaient abreuvés par les informations de la radio allemande diffusée à très fort volume par des haut-parleurs (Livre p. 241, 244), et par le journal en français que les Allemands distribuaient dans le camp, Trait d'Union, « de la lourde propagande s'il en fut jamais… » note Pierre Flament dans son Carnet à la date du mercredi 26 juin 1940, cinq jours après son arrivée au camp - 32. Il y avait aussi les journaux allemands, dûment analysés et commentés par des officiers qui parlaient allemand afin de percer des informations en sous texte- 33. Les prisonniers étaient très mal renseignés, ce qui donnait lieu à des rumeurs « des plus fantaisistes » (Livre p. 484). Au chapitre IV intitulé « Vie économique et sociale », une sous-section comportant seize pages s'intitule « bobards » (Livre p. 484 à 491), l'expression « fake news » n'avait pas encore cours, mais le principe était bien ancré, et Flament indique « l'étonnante crédulité » et « l'absence totale de sens critique » des prisonniers au début de leur captivité (Livre p. 484).
29 Comme le colonel Rousseau, Doyen du camp du 23 février 1943 au 12 février 1944 (Livre p. 32), mort d'une appendicite aiguë à l'hôpital de Stargard (Livre p. 34).
30 … Wikipédia : « On parle couramment de 'lit de Procuste' pour désigner toute tentative de réduire les individus à un seul modèle, une seule façon de penser ou d'agir, en référence aux pratiques de ce personnage » : brigand, littéralement « celui qui martèle pour allonger » (22 septembre 2023).
31 Divers organismes, dont la Croix-Rouge, et des oeuvres de secours ont livré des colis de nourriture ou de vêtements chauds, certains seront nommés les « colis Pétain », les officiers mangeaient la nourriture par nécessité, les brochures de propagande servaient de combustible (Livre, p. 481).
32 Le 4 octobre, même description « un mélange de vérités et d'insultes ».
33 Ils interprétaient les faits, comme par exemple les mobilisations de très jeunes gens et d'hommes plus âgés comme une preuve que l'armée allemande devait manquer d'hommes par mort des soldats au front.
Cependant, rapidement, les prisonniers s'organisent pour composer leurs propres organes de presse. Il se monta un « Journal Parlé » (Livre p. 359), Pierre Flament détaille celui du Bloc III de Gross-Born- 34 diffusé avec grande succès à 16h tous les jours. Vers la fin 1942, à l'Oflag IIB, des Officiers du Bloc IV (St. 203) réussirent à bricoler un poste à galène rudimentaire grâce à des pièces détachées qu'ils avaient reçues : ce fut la création de la radio I.S.F. (Ils Sont Foutus, Livre p. 220-230), d'autres appareils radios suivirent permettant en particulier d'écouter la BBC (Livre p. 330-334).
Je ne mentionnerai que la publication Écrit sur le Sable car elle parut presque sans interruption tout le temps de la captivité. Ce titre correspondait bien à l'environnement sablonneux du camp de Gross Born, il a été maintenu lors du transfert à Arnswalde (Livre p. 393-402)- 35. Lancé en mars 1941 comme bimensuel de 24 pages, il devint mensuel sur 10 pages lorsque le papier s'est raréfié et s'est arrêté fin 1944. Ronéoté, il était largement diffusé dans le camp et parfois envoyé en France.
- Rapports humains
La cohabitation n'était pas facile tous les jours, en voici un exemple dès les débuts de la captivité. Pierre Flament note dans ses Notes Personnelles de Captivité le dimanche 8 septembre 1940 un conflit idéologique dans sa chambrée entre les tenants de l'enseignement du public laïc et ceux de l'enseignement confessionnel, les prêtres enseignants, comme lui, étant accusés de ne pas avoir le niveau adéquat et de recevoir leurs ordres de l'étranger. Le Commandant Baticle, professeur agrégé d'histoire au lycée Saint-Louis à Paris, et catholique pratiquant, essaie de calmer les esprits et « lance un appel en faveur d'une entente entre les deux enseignements ». Il est exact que Pierre Flament n'a pas encore sa licence d'enseignement, comme de très nombreux enseignants du privé à l'époque, il ne l'obtiendra qu'en octobre 1952. Cette question public/privé échauffait toujours les esprits quelques décennies après la séparation de l'église et de l'état. Cela donne une idée des oppositions tranchées entre « camarades » d'une même chambrée appelés à vivre en promiscuité forcée pour un temps indéterminé. Il fallait bien user de diplomatie pour se supporter les uns les autres.
- Conférences et causeries, Université
Dès le mois de juillet 1940, juste quelques petites semaines après leur arrivée- 36, sans le moindre livre de référence ou la moindre feuille de papier, des conférences de très haut niveau sont organisées dans chaque Bloc, suivant les compétences disponibles. Au Bloc III, c'est le Commandant Baticle, que je viens de nommer, qui a été à l'initiative de ce projet37. Pierre Flament a comptabilisé 94 conférences prononcées entre le 1er juillet et le 15 octobre (Livre, Appendice II, p. 779-780)38. Pour exemple : neuf exposés de Paul Ricoeur sur « l'Histoire des idées philosophiques, des premiers penseurs à la philosophie chrétienne », huit exposés de Gabriel Garrone (qui deviendra évêque) sur « La pensée chrétienne », deux exposés sur la « Constitution de la matière », cinq exposés de Jean Guitton sur la « Civilisation et la littérature allemandes », onze exposés de René Baticle sur « l'Histoire Moderne », certains Officiers de son auditoire s'avéraient être de ses anciens élèves du Lycée Saint-Louis (Livre, p. 140) (Site Beaux-Arts : cours ou conférence à l'Oflag IID). Pierre Flament fait des commentaires très élogieux de certaines conférences. Les Blocs se disputaient les conférenciers de renom qui avaient une autorisation (« Ausweitz ») pour franchir les barbelés d'un Bloc à l'autre (Livre p. 141).
Il y avait aussi des causeries sur les villes et régions françaises, sans oublier les cours de langue. Ces derniers cours n'ont aucun rapport avec les cours d'allemand que les autorités allemandes avaient organisés dès les premiers jours de la captivité auxquels « la plupart des prisonniers […] posèrent le principe qu'ils n'y assisteraient pas » qui s'avérèrent un lieu de propagande et de recherches d'informations sensibles (Livre p. 254).
34 Rédigé par Pagosse et un autre ancien de l'ENS rapatrié en septembre 1941 (Livre p. 326-328).
35 Référence à l'évangile selon Saint Jean, Jn 8 :6, Jésus écrit sur le sable ?
36 Pierre Flament est arrivé le 21 juin 1940
37 René Baticle, qui avait été à l'initiative de ce projet, rend compte de la genèse de cette initiative dans une causerie faite le 11 octobre 1942 devant l'Association des femmes de camarades de l'Oflag (Livre, p. 134).
Cette organisation informelle donna lieu à une université, créée le 15 octobre 1940, répartie en trois Facultés : Lettres, Droit, Sciences totalisant 480 étudiants la première année- 39, dirigée par trois Recteurs successifs, les deux premiers, dont René Baticle, rapatriés comme anciens combattants- 40. Les Recteurs avaient réussi à obtenir la circulation des étudiants d'un bloc à l'autre, ce qui permit à un nombre plus important d'officiers de suivre les cours. Dans les premiers temps, l'ardeur était grande, une bibliothèque très fournie avait été créée, des diplômes ont été passés et homologués au retour. Mais avec le temps, la lassitude s'est installée, parmi les étudiants comme du corps enseignant (dont certains furent rapatriés, comme René Baticle), et surtout à partir de 1944, les officiers suivaient surtout l'évolution du conflit mondial en anticipant une possible victoire des alliés.
- Sports (Livre p. 104-117)
Sauf brimade, les officiers pouvaient parfois bénéficier de promenades, mais Pierre Flament note que lors de la première promenade, le 4 juillet 1940, « dès 6h30, la baraque 18 fut conduite en promenade à l'étang, de l'autre côté de la voie ferrée », toute proche, « au retour nous étions déjà fatigués » (Livre p. 105-106). Il ajoute « l'heure de promenade n'est pas très commode pour les prêtres, pour les fidèles qui assistent à la messe, et pour ceux qui préfèrent flâner au lit » (Livre, p. 106). Les promenades deviennent rares en hiver, de plus, « l'épuisement physique se fait sentir » (Livre, p. 106). Pierre Flament indique qu'il n'a fait que quatre promenades sur les deux ans de captivité à l'Oflag IID (Livre, p. 107).
Appréciation de Pierre Flament sur « Les Principaux Conférenciers » du Bloc III, Livre, p. 139-141.
38 Appendice II- « Principales Conférences des Premiers Mois » (Bloc III).
39 Premier registre d'inscriptions, 1er mars 1941 : Lettres : 114 inscrits ;, Droit : 204 inscrits ; Sciences : 162 inscrits (Livre p. 145).
40 Juillet 1949-Décembre 1940 : Commandant Rivain ; Décembre 1940-Août 1941 : Commandant Baticle ; Août 1941-Janvier 1045 : Capitaine Hamelin. Rivain et Baticle, anciens combattants de 14-18 ont été rapatriés. (Livre p. 150).
De très nombreux cours de sports ont été mis en place par les prisonniers spécialistes ou professionnels qui proposaient les activités suivantes : éducation physique (Site IID Sports Séance d'Education physique), football (Site : Carte de membre), basket-ball (à Arnswalde, dans la Turn Halle, rassemblant de nombreux spectateurs, Livre, p. 111), tennis (possible seulement à Arnswalde), pétanque, sports d'hiver, surtout à Gross Born, glissades en luges fabriquées, patinage. Voici une représentation de patins à glace en hiver (Site IID Sports Patinage au Bloc I). Les sept prisonniers originaires du Pays basque offraient de très beaux spectacles de Pelote, avec danses folkloriques et chants (Fête annuelle du groupement basque, août 1943 (Livre p. 111-112). Le matériel était fourni par la YMCA, la Croix-Rouge ou les Fédérations sportives.
Il paraît que les membres de l'Union Sportive d'Arnswalde arboraient fièrement leur maillot aux initiales de leur club, U.S.A. devant leurs gardiens. Malheureusement je n'ai pas trouvé de photo (ni de trace dans le Livre), aussi je ne sais pas si cette information est exacte ou si je suis victime d'un bobard plutôt réjouissant…
Pourtant, à partir de l'été 1944, à mesure que les privations s'accentuaient rendant les efforts physiques difficiles, le nombre de pratiquants diminuait d'autant. Cependant, Pierre Flament précise que l'exercice physique a sans doute permis aux prisonniers lancés sur les routes en plein hiver 1945 de résister malgré les duretés de l'épreuve (Livre, p. 117).

(Archives Départementales de l'Orne) Exposition mariale, mai 1944 - Pierre Herblin parle avec l'Abbé Dupaquiere
41 Lambert-Naudin, à l'Oflag IIB Bloc I st. 305 (Livre, p. 193). Sa fresque religieuse a été très commentée, critiquée ?
42 Certains envoyaient leurs projets pour des concours nationaux : Crouzillard reçut plusieurs prix pour des stations de téléfériques et de refuges (Livre, p. 192).
43 Contrairement à d'autres Oflags, il semble qu'aucune pièce de Shakespeare n'ait été montée ni au IID ni au IIB, alors que c'était un auteur revendiqué par la littérature allemande depuis Goethe « unserer Shakespeare » cette appropriation primant sur la nationalité du dramaturge.
44 Voir Appendice VII. « Liste chronologique des séances théâtrales de l'Oflag », Livre, p. 785-787.
45 « Les salles étaient les mêmes que pour le théâtre : à Gross Born, la cantine du Bloc II ; à Arnswalde, le Garage V ». Livre, p. 223.
46 L'appareil cinématographique était utilisé pour la radio clandestine car « un appareil de cinéma comporte un amplificateur identique à celui d'un appareil de TSF ordinaire », précision tenue secrète, dévoilée au retour (Journal du Centre d'Entraide de l'Amicale, 12 octobre 1947). Livre, p. 224.
47 Contrat avait été passé avec une société allemande (U.F.A.) pour des films en allemand dont La Sonate à Kreutzer, mais les films n'étaient pas toujours appropriés, comme ce « documentaire sur 'l'Allemagne, pays du tourisme' » reçu, évidemment, par des sifflets (Livre, p. 224). La société Kodak envoyait un film par mois gratuitement (Livre, p. 123) et parfois la Mission Scapini également.
48 Equipe nouvelle arrivée de Schokken en 1943 (Livre, p. 203).
49 Paul Challine (Pithiviers 23 août 1907-2 février 1994), avocat (ami et confrère du père de Jean-Pierre Rochas, femme pharmacienne) et musicien (neuf oeuvres déposées à la BNF), fils Jean-Philippe en classe avec Jean-Pierre Rochas.

(Archives Départementales de l'Orne) Turn Halle, Arnswalde Grand' messe 15 août 1943
À Gross-Born, chacune des trois paroisses avait sa chorale grégorienne, totalisant d'environ cent vingt exécutants. Dès octobre 1940 Flament fut chargé de prendre la direction de la chorale du Bloc III (Livre, p. 600). À Arnswalde, il eut la responsabilité de la polyphonie et du chant de la foule (Livre, p. 600). L'assistance dépassait généralement le millier ; aux grands jours (Noël, Pâques, Assomption), elle atteignait à peu près deux mille prisonniers (Livre, p. 600). De plus, il fut chargé de conférences sur le chant grégorien- 56. Il avait réussi à rassembler une imposante bibliothèque grégorienne- 57, et put même faire répéter le Te Deum de la victoire sans se faire remarquer des gardiens- 58.
50 L'Aumônier divisionnaire était le Père Dupaquier. Rapport ? à la Croix-Rouge (lu à Caen) : il y a un aumônier protestant, mais pas pour les israélites du camp (il y avait quelques rabbins cependant). Certains juifs n'ont pas été inquiétés (Roger Ikor, André Rabin) en modifiant le nom trop Europe centrale de leurs parents.
51 Dont le Révérendissime Père Abbé de l'Abbaye Bénédictine de Solesme, le Père Sortais (Voir article dans le Bulletin de l'Amicale).
52 Que l'abbé Barba commenta ainsi : « La fête du 15 août a été très belle. Nos grand-messes ressemblent à celles de Solesmes par leur liturgie impeccable. Ce jour-là, on a donné la messe de Mozart, exceptionnellement, avec l'orchestre. Il y a bien des passages qui sentent le théâtre, mais tant d'autres aussi qui sont religieux » Lettre à sa famille du 25 août 1944, in Henri Mazerat et Marc Lallier, Un pauvre prêtre comme les autres : l'abbé Raymond Barba, La Colombe, 1954, p. 101 (Livre p. 607). L'abbé Barba est mort d'épuisement dans les bras du père de Bernard Landais le 20 mars 1945 à l'Oflag 83 de Wietzendorf.
53 Challine se chargeait de l'orchestration, Pierre Flament n'oublie pas de le remercier (son Livre p. 607). Il y eut pareil échange pour les cérémonies du 14 juillet 1944 avec une « rétrospective de la chanson française », un « véritable triomphe » (Livre p. 607). Terminée par une Marseillaise qui valut au Doyen du Camp d'aller faire un tour à Lübeck.
54 Dans ses archives, il a conservé deux cartes du Baron François de l'Escaille (1899-1995, Chênelette, Par Beaujeu, Rhône), ancien combattant, rapatrié en août 1941, logé comme lui au Bloc III (Baraque 16 chambrée 2) qui avait été pensionnaire à l'Institution St François d'Alençon. Flament l'avait missionné auprès de sa mère pour qu'elle lui envoie du papier à musique afin qu'il puisse copier des partitions de musique sacrée pour la Schola Cantorum qu'il avait créée.
55 Il y a eu des comptes-rendus de concerts et surtout de messes en grégoriens, en particulier pour le 15 août 1942, dans Ecrit sur le Sable (n° 25 15 septembre 1942, Carton 166). Flament, qui a été nommé « Maître de Chapelle » y contribue largement.
Par ailleurs, il organisait des retraites, animait des groupes de scouts et de routiers59. Dès janvier 1941, à Gross Born, il avait été « désigné comme aumônier des Universités au Bloc III, dans le cadre de l'Action Catholique… ». En effet, il a organisé des cycles de réflexions pour l'Action Catholique des Milieux Indépendants dont les textes ont pu parvenir jusqu'en France et qu'il a dactylographiés au retour.
Comme il le précise dans son Introduction, il était surtout connu officiellement comme « Maître de Chapelle ». C'était une réalité et aussi une couverture pour pouvoir circuler dans le camp et lui permettre de collecter le maximum de documents sur le fonctionnement du camp sans se faire repérer des gardiens- 60.
III- La recherche : autre parcours du combattant
Pierre Flament n'a commencé ses études universitaires à l'Université de Caen qu'en 1936-193761, il a dû les interrompre à la mobilisation générale en septembre 1939 et a obtenu son diplôme de licence (en quatre ans à l'époque) le 28 octobre 1952.
Durant la captivité, il envisage un projet futur de Diplôme d'Etudes Supérieures sur « Les Activités françaises d'un Oflag » (Livre, Introduction p. 1). Grâce à l'intervention du Commandant René Baticle, ancien du 130 Régiment d'Infanterie et premier Doyen de l'Université ; rapatrié en 1941, il a pu bénéficier de l'accompagnement d'un directeur de thèse à l'Université de Caen à laquelle il était rattaché- 62. Il n'était pas encore question de thèse à l'époque, mais au fil du temps, ce projet s'est étoffé- 63. Donc, il a mené de front l'obtention des diplômes et les recherches de thèse ainsi que le travail de rédaction, parcours raccourci qu'il ne pourrait sans doute pas faire de nos jours.
56 Rassemblant environ 200 à 250 auditeurs (Livre, p. 603).
57 Voir Livre p. 603. « Participation des fidèles à la liturgie de l'Eglise par le chant sacré », seule conférence répertoriée pour l'année 1944 (Livre p. 790).
58 Qui ne sera pas chanté au camp !
59 Le chef du groupe SDF était Jean Simon, promu général, le père de l'actuel Président de l'Amicale de l'Oflag, le Général Dominique Simon.
60 Livre, Introduction : « Pendant près de cinq ans, je fus contraint de jouer au chat et à la souris avec les Allemands parce que je détenais des archives compromettantes. Quelques-unes d'ailleurs, échappées au naufrage de janvier-mars 1945, sont insérées dans ce travail. C'est la raison pour laquelle, aux yeux de nos gardiens et pour l'ensemble du camp, je fus simplement connu comme maître de chapelle ». Il remercie le Colonel Verdier, le dernier Doyen de l'avoir soutenu, p. 2.
61 15-20 juin 1936 : Certificat de Géographie (mention Bien) et d'Histoire Moderne ; 6 novembre 1936 : Oral d'Histoire Moderne ; p. 9 : Fin juin 1937 Certificat d'Histoire du Moyen-Age (Admis) ; 8 novembre 1937 : Oral du Certificat d'Histoire du Moyen-Age et épreuve d'anglais.
62 Le Pr Musset avait pris sa retraite, son successeur, le Pr Reinhard, spécialiste du XVIIIe siècle, ayant obtenu en juin 1955 la Chaire d'Histoire de la Révolution en Sorbonne, c'est son successeur, le Pr Jean Vidalenc (venant de la Faculté d'Aix en Provence), qui termina cette direction (Son beau-père avait été rapatrié en 1941 comme ancien de 14-18, il avait donc, une expérience directe et familiale de la captivité. Il mentionne Baticle dans un courrier). Ce n'est pas facile de passer d'un directeur à l'autre, mais j'ai pu constater par les nombreux échanges de courriers, les rencontres, les corrections de projets et de chapitres (pour cerner le sujet, dégager une ligne directrice en se concentrant sur les faits et en limitant les anecdotes) que le Pr Vidalenc a accompagné son thésard avec grande conscience.
63 Il prépara le Diplôme d'Etudes Approfondies à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris qu'il soutint le 9 janvier 1955 dans la Section des Sciences Religieuses, intitulé « Moeurs des Laïques dans le Diocèse de Séez », sous la direction du professeur Jean Orcibal (1913-1991) dont il tire rapidement un article, « Les
À l'époque de la « Thèse d'Etat » (supprimée en 1983), il fallait présenter une thèse principale et une thèse secondaire liée à la principale par la thématique. C'est ce que Pierre Flament a fait, la thèse principale est La Vie à l'Oflag IID-IIB, 1940-194564et la thèse secondaire (ou complémentaire), La Pratique Religieuse et la vitalité chrétienne à l'Oflag IID-IIB dont il a repris une grande partie dans un article : « La Vie religieuse d'un Oflag », Revue d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, n° 25, 7è année Janvier 1957, p. 47-65.
Mais il disposait d'une documentation très réduite et parcellaire et faite uniquement de sources personnelles :
Ses trois Carnets de Campagne, acheminés en France par des camarades de confiance. Il en termine la retranscription dactylographiée le 26 septembre 1948, juste avant la rentrée scolaire, trois ans après la fin de la guerre- 65.
Ses Notes Personnelles de Captivité- 66, qu'il a pu transporter jusqu'au camp VIA en les dissimulant 67 et conserver grâce à « quelques cigarettes glissées au soldat allemand lors de la fouille » (Livre Intro. p. 4). Mais ces notes qui résumaient la vie au jour le jour sont forcément parcellaires et incomplètes, concernant surtout le Bloc III de Gross Born dans lequel il avait été affecté et ne portant que sur la période 1940-1942. Il n'a pas déposé l'original aux Archives Départementales de l'Orne mais la retranscription dactylographiée sur 280 pages recto qu'il en a faite de retour à Alençon.
Tous ses autres documents concernant l'Oflag IIB, sont restés « dans les combles du Bloc I, à l'Oratoire du camp » (Livre, Intro. p. 2) ou à la Turn Halle, à la demande des gardiens qui avaient promis l'acheminement des bagages jusqu'en France, mais ils furent éventrés dès l'ouverture des camps en janvier 1945 par les gardiens eux-mêmes puis par les soldats soviétiques.
C'était parfaitement insuffisant pour un travail conséquent.
Beaucoup se seraient découragés, et seraient passés à la vie de reconstruction au retour. Mais pas lui. Inlassablement, il a cherché à reconstituer sa documentation et se composer un véritable corpus d'étude. Il a pris contact avec les institutions : le Ministère des Anciens Combattants, mais de nombreuses sources n'étaient pas déclassées, la Croix Rouge, les institutions religieuses…
Moeurs des laïques sous l'Episcopat de Monseigneur d'Aquin (Sées, 1699-1710) » (L'article paraît dans la Revue d'Histoire de l'Eglise de France, tome XLI (41) n° 137, juil-déc 1955, p. 233-282).
64 A l'origine, ce sujet devait faire l'objet d'un Diplôme d'Etude Approfondie (voir Livre, Intro. p. 1).
65 ou les fait dactylographier ?
66 Référencées sous le sigle NPC = Notes Personnelles de Captivité dans son Livre.
67 « soit dans la reliure du Nombre Musical Grégorien (Tome 1), soit dans le cadre d'une marqueterie représentant la tête du Christ » qu'il a transporté sur son dos jusqu'au camp VIA de Soest grâce à « quelques cigarettes glissées au soldat allemand lors de la fouille » (Livre Intro. p. 4).
En soutenance, il déplore cependant que bon nombre de ses lettres de demandes soient restées sans réponse : seulement 450 personnes ont répondu à son appel, soit 17% de l'effectif- 68. Néanmoins, il a pu reconstituer la chronologie des faits politiques et militaires, des événements culturels et religieux qui ont émaillé ces cinq années, grâce aussi à la collection complète des numéros d'Ecrit sur le Sable. En annexes de son ouvrage, il a pu inclure les listes des conférences, des examens passés au camp, des spectacles musicaux, concerts, pièces de théâtre, et aussi des sujets religieux, cours, conférences, sermons, prières…
Il s'était organisé un cahier très ingénieux composé d'une sélection de citations ciblées d'Ecrit sur le Sable qu'il pouvait facilement intégrer dans son texte ou dans ses notes en bas de page comme référence « scientifique ».

(Archives Départementales de l'Orne) Fichier à partir d'extraits de Ecrit sur le Sable
Son manuscrit se compose de trente-cinq cahiers d'écolier, répertoriés de 0 à 34, dont il numérote les pages à la suite par chapitre. Voici les 10 premiers et la première page de l'introduction.

(Archives Départementales de l'Orne) Manuscrit de thèse, les dix premiers cahiers
La soutenance a lieu le samedi 14 avril 1956 à l'Université de Caen au début des vacances de Pâques. Elle est annoncée par un article dans Ouest-France la veille, les soutenances de thèse étant publiques- 70.
Comme c'était l'une des premières thèses sur ce thème, le Président du Jury, le Doyen de Boüard et son Directeur de thèse, le Pr Vidalenc, ont dû sélectionner les membres du jury avec grand soin pour deux raisons. Il fallait pouvoir prouver sans faille « la légitimité des universitaires à intervenir sur le sujet de la guerre », thématique normalement réservée à l'armée vu les sujets sensibles abordés, dont certains étaient encore classés secret défense- 71. Par ailleurs, le candidat était un ecclésiastique et abordait une thématique religieuse à l'université d'état, institution républicaine laïque, bastion anticlérical notoire à ses heures.
Voici l'exemplaire de Pierre Flament avec son tampon. La thèse principale est composée de huit fascicules cousus ensemble, sous couverture rose- 72.

(Archives Départementales de l'Orne) L'exemplaire de thèse de Pierre Flament
On voit que ce texte a été beaucoup manipulé. A l'époque, le candidat ne pouvait fournir que trois exemplaires : l'original (pour le président de jury) et deux copies sur papier pelure intercalés entre des papiers carbone (l'un circulait entre les membres du jury, l'autre était pour le candidat).
La thèse secondaire, sous couverture rouge, est le seul fascicule qui soit annoté et corrigé- 73. Les diagrammes et « demi-camemberts » sont effectués à la main à l'aide d'un
rapporteur. Le mot « incroyants » recouvre complètement le mot « hostiles » que Pierre Flament avait prévu à l'origine. Je ne sais pas si ce terme plus nuancé a été choisi avant la soutenance, ou après, à la demande du Jury.
70 Composition du Jury : Michel de Boüard, président ; Marcel Reinhard, Directeur initial avant d'avoir la Chaire XVIIIe à la Sorbonne ; Jean Vidalenc, Directeur, Université de Caen ; Henri Van Effenterre, Ecole Supérieure des Sciences et Lettres de Rouen, entre autres.
N'ayant pas pu avoir accès directement aux archives Michel de Boüard, je m'en remets à un bref échange de courriels avec un historien qui a soutenu sa thèse en 2011, Bertrand Hamelin, et à sa seule note en bas de page qui indique les tractations menées. Bertrand Hamelin, Singulier et pluriel : Michel de Boüard (1909-1989), thèse soutenue à l'université de Caen en 2011. Il s'agit de la note 1608, page 468 : « Michel de Boüard accompagne cependant l'une des premières thèses universitaires sur l'histoire de la guerre en présidant le jury de l'abbé Pierre Flament. Ce dernier soumet en 1956 une thèse principale sur « la vie à l'Oflag IID-IIB » et une thèse complémentaire sur « la pratique religieuse et la vitalité chrétienne à l'Oflag IID- IIB ». Les correspondances du doyen de Boüard avec ses collègues pour la formation du jury sont très intéressantes en ce qui concerne la question de la légitimité des universitaires à intervenir sur le sujet de la guerre. Ainsi, Jean Vidalenc qui a dirigé la thèse après le départ de Marcel Reinhard, propose à Michel de Boüard de solliciter Henri Van Effenterre pour faire partie du jury en raison de son expérience de commissaire scout de France, qui le rend légitime sur la question de la vie religieuse. Et Vidalenc estime « nécessaire qu'un des membres du jury puisse apporter le point de vue des Oflags et faire une critique « de l'intérieur » en quelque sorte ». Lettre de Jean Vidalenc à Michel de Boüard, 20 décembre 1955. Archives de la Faculté des lettres, 1955 ».
71 Peu de temps avant la soutenance, le 7 mars 1956, Michel de Boüard prévient Pierre Flament qu'il a invité dans l'assistance le Colonel A. Madelin, Spécialiste des Problèmes de captivité et de déportation au Service Historique des Armées.
72 Lettre du 2 février 1956 : la frappe se fait à Paris par l'intermédiaire de son frère Paul (et de Marie) (noté sur le texte de l'Amicale).
73 Jean Perdrizet, qui travaille dans l'Imprimerie, trouve que la dactylo n'a pas fait honneur au contenu.
Noté sur texte de l'Amicale : 24 janvier 1956 : maladie de la dactylo.
Après une courte délibération à huis clos, le Jury lui confère le titre de docteur d'État avec la mention très honorable »- 74. C'est le plus haut grade, mais il n'a pas eu droit à « l'unanimité du jury ».
Après la soutenance, un autre article paraît dans Ouest-France 16 avril : c'est un événement car c'est la quatrième thèse à la Faculté des Lettres de Caen en vingt ans. Un article de La Croix (le samedi 21 avril) est centré sur l'analyse de la religion dans le camp, un autre, dans un journal allemand, Das Freie Wort (le 5 mai), concerne l'aspect politique et militaire.
Commentaires sur la thèse
Lorsqu'il a eu la thèse en main, c'est-à-dire très peu de temps avant la soutenance, Le Pr Van Effenterre lui avait demandé d'inclure un index. C'était une excellente suggestion (obligatoire de nos jours), c'est tellement utile. Flament a dû s'exécuter à la dernière minute. Mais choisir les mots-clés n'est pas une mince affaire, et répertorier leurs occurrences au fil des pages non plus. A présent, une fois le choix effectué, c'est l'affaire de quelques clics, mais certainement pas à l'époque. Nous bénéficions de cet outil de travail incomparable.
De plus, il y avait immanquablement des fautes de frappe. Le Pr de Boüard lui avait suggéré de joindre à la thèse un fichier avec les corrections, comme cela se pratiquait. Mais Pierre Flament avait préféré faire retaper les feuilles où apparaissaient des coquilles. On peut imaginer le travail supplémentaire et le surcroît de stress avant la soutenance. D'autant plus qu'il dut continuer à assurer ses cours à St François et célébrer les nombreuses cérémonies de la Semaine Sainte- 75.
Pierre Flament a beaucoup hésité quant à la structuration de sa thèse car il n'y avait pas encore de méthodologie scientifique concernant un tel sujet. Avec l'accord de son directeur de thèse, il a opté pour un plan non pas chronologique, mais thématique. La chronologie n'apparaît qu'à l'intérieur de chaque rubrique, en distinguant les spécificités du premier lieu l'Oflag IID et des débuts de la captivité, de celles du deuxième lieu, l'Oflag IIB, et les dernières longues années avant la libération. Mais il a dû justifier sa démarche lors de sa soutenance car le choix même des rubriques, et leur ordonnancement, conditionne le contenu.
74 Flament indique ensuite que c'est le plus haut grade, mais ce n'est pas à l'unanimité du Jury. Cette distinction n'existait peut-être pas encore. Si oui, était-ce le reflet de la réticence du Pr Van Effenterre ? À présent, il n'y a plus aucune mention.
75 Dimanche 25 mars, dimanche des Rameaux « Joie et Tristesse », avec mention manuscrite de Flament : redit à Lonrai et à Colombiers en 1962, et 1963, avec une note en bas de page « et 1965 »). C'est la Semaine Sainte puis la « Nuit Pascale » le 31 mars à Saint Maurice les Charencey avec les Guides Aînées, le sermon est repris/recyclé en 1957, 60, 62, 64 !
On lui a aussi reproché son manque d'objectivité, de distance, par rapport au sujet traité. La critique s'applique à la thèse secondaire sur la Pratique religieuse, mais peut être étendue à la thèse principale : « Votre travail, par sa méthode, relève bien du genre scientifique […]. Mais par sa rédaction, il s'apparente davantage à un ouvrage ecclésiastique, avec l'affirmation de jugements de valeur […] qui ne me paraissent pas à leur place dans un ouvrage historique, donc objectif »- 76. Le même membre du jury aurait souhaité plus de « détachement », « esprit même de notre recherche historique »- 77.
Je ne peux que souscrire à ces remarques concernant l'objectivité qui doit être le fil conducteur de toute démarche scientifique. Il est d'ailleurs très surprenant qu'il ait été autorisé à faire l'analyse d'une situation dans laquelle il était à la fois juge et partie.
Personnellement, si j'avais eu à faire un rapport, j'aurais vivement critiqué la forme. Il y a une récurrence exaspérante d'une ponctuation subjective et émotionnelle : les pages sont truffées de points d'exclamation, de points de suspension, qui ont fort heureusement disparu à la publication du livre. Le style, alerte certes, cède souvent à la facilité des tournures et images familières ou cavalières, sans doute authentiques, mais qui, pour certaines, relèvent plus de la salle de garde que d'un travail de facture universitaire. Juste un exemple à travers une phrase que j'ai déjà citée, sur la censure : « Hélas ! Nos lettres passées au lit de Procuste- 78, nous arrivaient 'caviardées' ou découpées ». (Livre p. 255). Après un jugement de valeur à l'emporte-pièce très fréquemment utilisé, l'abbé a utilisé une expression imagée et un vocabulaire, certes conforme à celui des prisonniers, mais beaucoup trop familier.
Malgré les remarques que j'ai exposées, je suis admirative de ce travail titanesque et novateur qui met en lumière la rigueur des raisonnements, la justesse des remarques, le suivi des méandres de la pensée.
Avant même la soutenance (le 29 décembre 1955), son directeur l'avait encouragé à faire publier son travail en condensant les deux thèses : il faut que cela soit dit et répandu »- 79.
En effet, les conditions des prisonniers de guerre avaient été occultées à leur retour en France.
Pour publier, il faut des fonds, les universitaires le savent cruellement. Flament réussit à obtenir des subventions de l'Université- 80, mais qui ne couvrent absolument pas le coût
total, puisque les deux thèses totalisent plus de mille pages (1.024 pages). Alors, L'Amicale de l'Oflag IID-IIB prit le relai et se chargea de la publication à compte d'auteur.
76 Le Pr Van Effenterre, professeur à l'Ecole Supérieure des Sciences et des Lettres de Rouen (ce n'était pas encore une université), sollicité comme membre du Jury et rapporteur pour la thèse secondaire « en raison de son expérience de commissaire scout de France qui le rend[ait] légitime sur la question de la vie religieuse », des « réserves de principe » dans une lettre avant la soutenance (22 février 1956).
77 Dans une autre lettre, il précisait : « Je sais que ce doit être difficile pour un prêtre parlant de choses qui lui tiennent à coeur dans ses souvenirs de captivité d'atteindre ce détachement, mais c'est là, il me semble, l'esprit même de notre recherche historique. » (3 mars 1956).
78 … Wiki : « On parle couramment de 'lit de Procuste' pour désigner toute tentative de réduire les individus à un seul modèle, une seule façon de penser ou d'agir, en référence aux pratiques de ce personnage » : brigand, littéralement « celui qui martèle pour allonger » (22 septembre 2023).
79 le Pr Vidalenc lui avait écrit : « j'espère que vous pourrez faire imprimer car il faut que cela soit dit et répandu ».
80 Grâce à l'appui des Pr Jean Orcibal et Gabriel Le Bras, de l'Ecole des Hautes Etudes et du Pr Reinhard de la Sorbonne, la demande de Flament est acceptée Il obtient 800 000 frs le 12 février 1957.
Cependant, ce fut une très longue série d'ajustements.
La couverture- 81:
- Quel nom indiquer ? Pierre Flament comme la thèse, ou Abbé Pierre Flament ? Abbé est finalement retenu, non pas pour des considérations religieuses, mais parce que c'était l'appellation sous laquelle il était connu à l'Oflag.
- Le Supérieur de l'Institution St François souhaitait que le titre de Sous-supérieur apparaisse, cette demande a été refusée catégoriquement par l'Amicale- 82.
- L'un des membres du Bureau (Jean Perdrizet) voulait que figure son grade militaire, mais cette demande était trop difficile à obtenir de l'armée. C'est son titre de docteur de l'université qui sera porté.
Une préface
La suggestion d'un écrivain catholique est fermement rejetée par l'Amicale car cela pourrait heurter certains anciens prisonniers parmi les plus farouchement anticléricaux et risquer de limiter les ventes. Sollicité par un autre membre du Bureau (Jean Glotin, ancien du Bloc III de Gross Born), l'écrivain Roger Ikor, lui aussi ancien du Bloc III, (Baraque 19, Chambrée non indiquée), écrivain récipiendaire du prix Goncourt… 1956, juif, anti-clérical, communiste, aux conceptions « aux antipodes de celles de l'abbé » comme il l'écrit (Livre, Préface p. VI) finit par accepter- 83. Jouissant d'une excellente réputation intellectuelle, Ikor, par sa participation dégagée de tout affect, cautionne de façon exemplaire le contenu de l'ouvrage.
Afin de rentrer dans les frais, une souscription pour mille exemplaires est lancée à l'Amicale de l'Oflag par le Président qui n'est autre que le Commandant René Baticle, que j'ai eu l'occasion de mentionner plusieurs fois- 84.
Cependant, l'Amicale, exige des modifications importantes- 85.
En premier lieu, il faut diminuer le nombre de pages, donc le coût de l'ouvrage et son prix.
On lui demande d'éviter les redites, les détails pointilleux ou inutiles si longtemps après les faits et qui n'intéresseront peut-être pas le lecteur extérieur. Le texte est réduit de 1.024 pages à 828 pages.
81 Il y a eu de nombreuses maquettes proposées.
82 Jean Glotin écrit à Flament une lettre très ferme à l'attention du Supérieur et une autre le même jour, personnelle, à Flament pour qu'il comprenne que le refus n'est pas envers lui mais envers la demande.
83 Pierre Flament l'en remercie en s'excusant une fois l'ouvrage publié car, ironie de la mise en page, son nom figure en regard de l'Imprimatur !
84 L'ancien du 130 RI, le servant de messe du 8 février 40, le conciliateur de la chambrée 18/2 au Bloc III à Grossborn, le deuxième recteur de l'Université, l'intermédiaire, à son rapatriement en 1941, auprès du Pr Musset de l'Université de Caen (Livre, premier paragraphe de l'Introduction, p. 1) …
85 Ce qui donne lieu à de nombreux échanges au ton parfois un peu vif entre le Secrétaire Général, Jean Glotin et l'abbé, mais qui finissent par refléter une estime franche et réciproque entre deux hommes qui avaient été forcés de cohabiter pendant cinq ans et que tout sépare.
Le « Monsieur l'Abbé » formel des premiers courriers devient « Mon cher abbé », tandis que le « Monsieur » se change en « Cher Glotin », mais toujours en utilisant la forme du voussoiement. Les seuls qui le tutoient sont le protestant Jean Perdrizet et Yves Alexandre.
A la suggestion de Roger Ikor, Flament doit supprimer des noms propres (il en reste encore beaucoup). Cette précision ancrait dans le vif du sujet et avait valeur de preuve scientifique pour la thèse, ce n'est plus possible quand il s'agit du domaine public. Il faut éviter de froisser l'un ou l'autre, il faut respecter la mémoire de ceux qui ont disparu et leur descendance, et également se prémunir contre des critiques ou procédures juridiques éventuelles, l'Amicale engageant sa responsabilité. Ceux qui l'ont vécu reconnaîtront facilement les personnes sous les initiales arbitraires (X, Y) ou les mots généraux « Le conférencier, l'article, le Journal… »
On lui reproche de citer trop fréquemment Ecrit sur le Sable, la publication du camp, d'obédience plutôt catholique et traditionnelle et d'être trop clérical. Juste une phrase d'exemple que j'ai déjà citée concernant les promenades : « l'heure de promenade n'est pas très commode pour les prêtres, pour les fidèles qui assistent à la messe, et pour ceux qui préfèrent flâner au lit ».
Manifestement, le Bureau, en la personne de Jean Glotin, lit le manuscrit de très près. Les remarques générales sont accompagnées de notes, chapitre par chapitre écrites sur plusieurs feuillets.
Malgré ces quelques remarques, je voulais montrer que ce livre est un monument sérieux qui retrace ces cinq années de captivités au plus près de l'expérience vécue, un vrai modèle du genre, qui a déjà beaucoup servi et qui, je l'espère servirai encore, aux jeunes chercheurs qui s'aventureront sur ces thèmes, dégagés de tout affect mais mû par un respect de la rigueur scientifique.
Pierre Flament reçoit le Prix Miller de l'Académie Française l'année même de la parution du livre, son premier prix prestigieux, et obtient un poste au CNRS à mi-temps. C'est le début d'une carrière remarquable de chercheur.
Pierre Flament, c'est une vie où tous les domaines s'interpénètrent pour former un monument, l'ecclésiastique et le militaire se confondant derrière l'impeccable historien.
Il est honoré à Alençon en tant qu'homme de savoir qui a fait preuve d'une activité surabondante et toujours avec une remarquable efficacité doublée d'une très solide scientificité. Il a laissé une très vive impression auprès des habitants du petit village dont il est devenu le curé, Colombiers : il a réveillé la pratique religieuse et fait inscrire l'église au patrimoine des Monuments Historiques, il a même fondé un groupe folklorique normand qui se produisait lors de Comices Agricoles dans les villages alentours. Il y recevait ses amis, dont Henri Pastoureau, le père de Michel Pastoureau qui m'a indiqué avoir été impressionné par ce personnage lorsqu'il conduisait son père au presbytère- 86.
86 Voir mon article dans le Bulletin de la Société Historique et Archéologique de l'Orne, tome CXLII, janvier-mars 2022, p. 196-222.

(Archives Départementales de l'Orne) Kepi et chapeau
Isabelle Schwartz-Gastine
Fille de Gérard Gastine
(1912-1964, Ancien Officier de l'Oflag IIB, Docteur en Droit)